Bilan carbone de TotalEnergies VS Greenpeace : l’analyse de l’ABC.

La transparence et la crédibilité du calcul des émissions de gaz à effet de serre sont désormais des enjeux cruciaux pour les entreprises. La bataille judiciaire qui se profile entre Greenpeace et TotalEnergies concernant les chiffres du bilan carbone de la multinationale met en lumière l’importance de ces préoccupations.

Découvrez notre analyse après que l’ONG a été assignée en justice pour cause « d’informations fausses et trompeuses », TotalEnergies déplorant des « doubles comptages et approximations ».

 

455 MtCO2e, un résultat qui pose question…

Rapide rappel des faits. Tout part de la déclaration d’émissions du géant pétrogazier français : celui-ci affirme avoir émis 455 MtCO2e en 2019 – soit plus que les émissions de GES de la France en 2019 estimées à 436 millions de tonnes équivalent CO2 (hors secteur des terres et des forêts). TotalEnergies envisage également d’élaborer une stratégie pour atteindre la neutralité carbone en 2050 en s’appuyant sur ces chiffres. 

Dubitative, l’ONG Greenpeace refait alors le calcul avec l’appui du bureau d’étude Factor-X, en déclarant prendre beaucoup de précautions car les données d’entrée fournies par TotalEnergies sont très incomplètes. 

Pour réaliser son calcul, Greenpeace utilise les facteurs d’émissions de la Base Carbone (maintenant Base Empreinte) de l’ADEME, ce qui n’est peut-être pas le cas de TotalEnergies. En effet, le reporting de l’entreprise manquant de transparence, il n’est pas possible de savoir quels facteurs précis ont été utilisés pour obtenir ce résultat de 455 MtCO2e.

Un bilan quatre fois plus lourd selon GreenPeace 

Pour estimer le bilan de TotalEnergies, l’ONG a compilé différents produits (pétrole brut, produits raffinés, pétrochimie, gaz) dont la seule combustion dépasse 1200 MtCO2e, soit quasiment trois fois plus que le total déclaré par l’entreprise française.

Contrairement à ce que reproche la multinationale à Greenpeace, notre analyse est que les émissions de combustion se basent sur des quantités précises, sur des facteurs d’émission fiables, et avec peu de risque de double compte. Les 1200 MtCO2e sont un ordre de grandeur crédible pour les émissions de la combustion des produits de TotalEnergies.

S’ajoutent à cela les parties « Amont » (production, fabrication, transport) de ces activités, certes potentiellement sources de double comptage, mais qui s’élèvent tout de même à plus de 600 MtCO2e, ce qui est loin d’être négligeable, bien que plus incertain que la partie combustion.

À noter également que Greenpeace exclut de son analyse certains postes potentiellement importants, comme les placements financiers, la consommation d’électricité ou les émissions des 15 000 stations-services du groupe.

Greenpeace nous propose donc un ordre de grandeur « conservateur » des émissions totales de l’entreprise. C’est à dire que même en restant “prudente”, l’ONG arrive à un total quatre fois plus important que la déclaration initiale de TotalEnergies.

L’importance de l’ordre de grandeur pour agir et connaitre sa vulnérabilité : le contre-exemple de TotalEnergies

On ne le répètera jamais assez : un Bilan Carbone® doit aboutir à des ordres de grandeur, autant que possible à partir de données physiques, afin de pouvoir bâtir une stratégie de transition pertinente et ambitieuse. Au vu des quantités de produits vendus, à priori destinés à être brûlés (la pétrochimie étant traitée à part par l’ONG), il est clair que les émissions de « combustion » calculées par Greenpeace donnent un premier ordre de grandeur du bilan carbone qui n’est ni « double compté », ni « approximé ».

Bien qu’il soit sage de considérer les autres postes avec plus de prudence étant donné le manque de données dans le reporting de TotalEnergies (ce qui n’empêche évidemment pas l’action !), la conclusion de l’ONG semble bien valide.

La philosophie du Bilan Carbone® (méthode créée par l’ADEME depuis 2004 puis reprise par l’ABC depuis 2012) est de parler de pouvoir d’action et de vulnérabilité, en toute transparence.

TotalEnergies semble vouloir ne parler que de responsabilité, en regrettant les « doubles comptages » et « approximations » de l’analyse de Greenpeace, qui font pourtant partie intégrante d’une comptabilité carbone complète, basée sur la logique de “responsabilité et/ou dépendance”.

Comment agir correctement alors qu’on ne considère que la moitié des émissions produites par la combustion de ses produits ? De plus, est-ce entièrement la faute des clients de TotalEnergies s’ils consomment des produits ayant un impact climatique néfaste ?

Shell versus TotalEnergies : quand la comparaison met en lumière les faiblesses de la transparence de l’un des deux géants pétroliers

Pour appuyer son analyse, Greenpeace va jusqu’à proposer une comparaison avec un concurrent, Shell, qui déclare 3.6 fois plus d’émissions que son homologue TotalEnergies, en ayant une production et une vente de produits certes supérieures, mais seulement de quelques dizaines de pourcents.

La comparaison avec une autre entreprise, même du même secteur, est à considérer avec prudence, mais les ordres de grandeur parlent d’eux même.

En conclusion, si on ne peut pas juger la justesse des chiffres déclarés par les entreprises pétrolières à la tonne de CO2e près, l’effort de transparence de Shell renforce notre confiance quant à leur calcul et les conclusions qu’ils en tirent. Ce n’est pas le cas pour TotalEnergies : expliquer chaque hypothèse de calcul et le choix de chaque facteur d’émission sont des éléments nécessaires pour une comptabilité carbone de qualité. L’ABC et sa communauté travaillent d’ailleurs à une méthodologie de vérification des Bilans Carbone® !

Pour tout savoir sur ce qui fait la qualité de la méthode Bilan Carbone® et ses grands principes méthodologiques, n’hésitez pas à consulter notre tribune dédiée.

Il est crucial pour les entreprises, en particulier celles qui doivent se reconvertir dans les prochaines années comme les entreprises pétrolières, d’avoir une connaissance précise de leurs émissions pour pouvoir les réduire efficacement. Les entreprises qui prennent en compte leur vulnérabilité environnementale peuvent ainsi se préparer à l’avenir et anticiper les changements nécessaires.

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Quentin Brache

Chargé de communication

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